ACTU

Youssef Achour : « L’ESS doit s’appuyer sur ses propres forces en développant les coopérations et les mutualisations entre ses acteurs » 

Q : L’ESS est attaquée : qu’est-ce qui se joue actuellement sur le territoire de la CRESS Île-de-France ?

Youssef Achour : L’ESS traverse aujourd’hui une période de fortes tensions, y compris en Île-de-France. Alors que l’on n’a jamais autant parlé de souveraineté économique, de relocalisation, de transition écologique ou de cohésion sociale, les acteurs de l’ESS sont trop souvent considérés sous un angle essentiellement budgétaire et comptable, malgré les solutions qu’ils apportent à ces enjeux.

Concrètement, cela se traduit par des coupes budgétaires pour les structures de terrain et une remise en question récurrente des moyens alloués aux structures qui soutiennent l’écosystème, à l’image des débats autour du financement des CRESS et des têtes de réseau. Or, ces organisations jouent un rôle essentiel dans l’accompagnement des entreprises de l’ESS, le développement économique local et l’animation des dynamiques territoriales. Dans un contexte de surcharge mentale et de stress des dirigeants, ces organisations sont à la fois des sources d’informations et de coopérations. 

Mais au-delà des questions de réseau, ce qui se joue aujourd’hui, c’est la reconnaissance de l’ESS comme un levier stratégique pour l’avenir de nos territoires. L’ensemble des familles qui compose l’ESS crée des emplois non délocalisables, répond à des besoins sociaux et environnementaux majeurs et renforce la résilience des territoires. Pourtant, son action reste trop souvent évaluée à l’aune de son coût immédiat plutôt que de la valeur économique, sociale et environnementale qu’elle génère à moyen et long terme.

Le risque est de voir l’ESS devenir une variable d’ajustement budgétaire alors qu’elle constitue un investissement d’avenir. C’est d’autant plus regrettable que l’adoption d’une stratégie nationale de l’ESS cet été aurait pu être l’occasion d’affirmer pleinement son rôle dans la redynamisation économique, sociale et démocratique du pays. Face aux défis actuels, l’ESS ne devrait pas être perçue comme une dépense à contenir, mais comme une partie de la solution.

La Cour des comptes elle-même a souligné cette réalité. Les structures de l’ESS créent de la valeur économique, sociale et environnementale et participent pleinement à l’intérêt général. Les soutiens publics dont certaines bénéficient sont des financements assortis de contreparties : ils correspondent à des missions, des services et des contributions essentielles aux territoires. C’est pourquoi nous continuons de défendre le maintien de ces dispositifs de soutien qui répondent à des besoins collectifs avérés.

Q : Face à un contexte politique incertain en 2027, comment la CRESS Île-de-France se prépare-t-elle ?

Youssef Achour : L’échéance de 2027 est évidemment un rendez-vous politique important, mais la CRESS Île-de-France s’inscrit avant tout dans une démarche de long terme. Nous avons engagé un plan de développement en 2024 qui court jusqu’en 2028, avec des orientations et des projets validés par nos instances de gouvernance. Notre feuille de route est claire : contribuer au développement économique, social et écologique de notre région en valorisant et en renforçant l’ESS sur l’ensemble du territoire francilien.

Au-delà de cette dimension stratégique, nous assumons également notre responsabilité citoyenne. En tant qu’acteurs de l’ESS, nous ne nous positionnons pas dans une logique partisane, mais bien dans une perspective politique. Notre rôle est de rappeler et de défendre les principes qui fondent notre action : le pacte républicain, la liberté associative, la démocratie, la participation citoyenne et l’engagement collectif. Sur ces sujets, nous travaillerons en lien avec ESS France pour mettre en avant ce qui rassemble, ce qui « fait mouvement ».

Enfin, nous souhaitons accompagner et outiller nos adhérents face aux évolutions du contexte. Cela passe notamment par la production de ressources, d’analyses et de notes permettant aux structures de se mobiliser pour ne pas subir mais aussi de mieux appréhender les enjeux à venir afin de continuer à agir au service de l’intérêt général.

Indépendamment des élections, depuis 2024 le moment du budget est source de confusion et d’instabilité, en raison de l’illisibilité des crédits à venir mais aussi des retards de paiement. Nous sommes en novembre et la CRESS n’a toujours pas reçu sa subvention pour 2026. Et nous sommes loin d’être un cas isolé. Cette situation abîme la relation entre l’Etat et l’ESS.


Q : Et pour les adhérents, quel accompagnement concret proposez-vous ?

Youssef Achour : La première chose que nous rappelons à nos adhérents, comme à nos différents interlocuteurs, c’est que l’ESS n’est pas une économie sous perfusion de subventions, comme l’a souligné la Cour des comptes !

Pour autant, nous sommes lucides sur le contexte actuel. Les contraintes budgétaires sont réelles pour les acteurs privés et publics, mais cela doit nous inviter à renforcer nos collaborations opérationnelles. Notre rôle, surtout après les municipales, est d’appuyer et de documenter les coopérations et les innovations sociales qui se réalisent sur les territoires. Et bien sûr nous pouvons aussi accompagner les structures dans la diversification de leurs ressources et la consolidation de leur modèle économique, afin qu’elles gagnent en résilience.

Mais nous sommes convaincus que la réponse est également collective. L’ESS doit s’appuyer davantage sur ses propres forces en développant les coopérations, les mutualisations et les échanges économiques entre ses acteurs. Cela passe notamment par exemple par le développement des Achats Socialement et Écologiquement Responsables (ASER), qui contribuent à renforcer les liens économiques au sein même de l’écosystème et à favoriser les échanges entre acteurs de l’ESS. Le lancement de la marque « L’économie en mieux » est un second exemple.

Concrètement, la CRESS Île-de-France accompagne ses adhérents au quotidien en leur proposant des outils, des ressources, des mises en réseau, des temps d’échange et des opportunités de coopération. Notre ambition est de renforcer à la fois la solidité de chaque structure et la capacité de l’ensemble de l’écosystème à traverser collectivement cette période d’incertitudes budgétaires et politiques.

(Interview réalisée par Mediatico en partenariat avec la CRESS Île-de-France)

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