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90 ans des congés payés : la commémoration se transforme au Sénat en agenda politique 

Ce lundi 2 novembre, la campagne « 1936-2026 » se clôture au Sénat et au théâtre Juliette Récamier. Le choix du lieu dit l’intention : les organisateurs que sont l’UNAT, l’association Parcours et l’ANCAV, ne veulent pas d’une cérémonie de plus sur la loi du 20 juin 1936. À quelques mois de la présidentielle, ils veulent un rapport de forces sur le droit aux vacances et sur le concept de temps libre.

Le constat qui structure leur réflexion est connu : 40 % des Français ne partent pas en vacances. La tribune publiée dans Le Monde le 20 juin évoque aussi près de 5 millions d’enfants qui n’ont jamais connu un départ. Leur ambition se résume ainsi : « En 1936, la France a reconnu que le temps libéré était une conquête sociale majeure. En 2026, le défi n’est plus seulement de garantir le droit aux congés, mais de rendre effectif le droit aux vacances. » 

Ainsi, le droit aux vacances existe, mais son effectivité reste à construire. Ces 90 ans soulèvent donc une question de politique publique.

Un colloque posé dans l’arène politique

Ce lundi, le colloque sera ouvert par Michelle Demessine, présidente de l’UNAT et ancienne ministre du Tourisme. Une première table ronde interrogera les alliances et solidarités nécessaires à un temps libre émancipateur. La seconde sera consacrée au passage de l’utopie du Front populaire aux réalités contemporaines du temps libre. Robin Renucci, parrain de l’initiative, clôturera le colloque.

La présence de Tarek Daher, président du Mouvement associatif, n’a rien d’anodin : elle inscrit le sujet dans le champ de la vie associative au sens large, bien au-delà du seul tourisme social. Les organisateurs cherchent en effet à élargir la coalition, avec les comités sociaux et économiques et les organisations syndicales que la tribune cite explicitement comme partenaires essentiels. 

Ce que la tribune reproche à la puissance publique

Dans leur plaidoyer, les signataires pointent un discours institutionnel de plus en plus centré sur la montée en gamme et sur une clientèle internationale à fort pouvoir d’achat, alors que les acteurs du tourisme social et solidaire, présents du littoral à la moyenne montagne, voient leurs moyens diminuer. Ils rappellent aussi que le dispositif des colos apprenantes, qui avait permis le départ de 400 000 enfants entre 2020 et 2024, ne sera pas reconduit en 2026, faute de financement.

Cette tension entre attractivité touristique et accessibilité sociale traverse le secteur lui-même. Lors de l’assemblée générale de l’Unat Bretagne, Grégory Mallet, directeur marketing de VVF, a présenté une stratégie de 4 millions d’euros investis chaque année, sur un budget de 80 millions, pour lutter contre la gentrification des publics et préserver la mixité sociale. 

À la même assemblée, Ronan Le Baccon, directeur du Tourisme et des Patrimoines de la Région Bretagne, avait défendu l’idée que la question du tourisme social et solidaire « n’est pas accessoire », qu’elle est « un rempart » et un levier pour la santé, l’inclusion et la citoyenneté.

La culture comme levier d’adhésion

La journée se prolongera à 20h30 au théâtre Juliette Récamier avec « 1936… Les jours heureux ! », spectacle écrit et mis en scène par Christina Rosmini à partir de 87 chansons de 1934 à 1939, dont certains titres n’ont jamais été enregistrés. Robin Renucci donne déjà le ton : « Les congés payés ne furent pas seulement un acquis social, ils furent une révolution sensible, existentielle. » 

Lors du lancement de la campagne des 90 ans, Frédéric Rosmini, président de Vacances Léo Lagrange, promettait de « redonner le bonheur au peuple », et Pascal Carrano, directeur général de Vacances Léo Lagrange, rappelait que les vacances ne se réduisent pas à de la consommation : « Nous ne venons pas consommer un territoire mais le mettre en valeur dans nos souvenirs. »

Ce que le 2 novembre doit produire n’est pas seulement l’émotion du spectacle, mais ce que les parlementaires présents en retiendront. Le tourisme social et solidaire demande à être traité comme un outil de politique publique, de la cohésion sociale à l’aménagement des territoires. À l’heure des arbitrages budgétaires et des programmes de campagne, la question méritait d’être ouvertement posée.

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