À six mois de l’élection présidentielle, Nexem interpelle les candidats et leur demande de faire des solidarités la grande cause du prochain quinquennat. Dans un plaidoyer dévoilé mi-octobre, la principale organisation professionnelle des employeurs associatifs du secteur social, médico-social et sanitaire avance 21 propositions, dont un investissement d’urgence de 5,3 milliards d’euros et une loi de programmation pluriannuelle jusqu’en 2032. Son message : la solidarité n’est pas une charge, mais un investissement pour la société.
À l’occasion de son événement « Nexem en campagne », organisé le 13 octobre, l’organisation a présenté son plaidoyer « Pour une République solidaire : investir dans celles et ceux qui prennent soin ». À travers 21 propositions réparties en cinq grands axes, elle appelle les candidats à engager un changement de cap pour préserver le modèle français de solidarité.
Nexem représente plus de 11 000 établissements et services, qui emploient 365 000 professionnels dans cinq domaines : le handicap, la protection de l’enfance, l’autonomie des personnes âgées, la protection juridique des majeurs et la lutte contre les exclusions.
5,3 milliards d’euros pour répondre à l’urgence
Premier volet du plaidoyer : donner au secteur les moyens de faire face à ses difficultés financières et humaines. Nexem chiffre à 5,3 milliards d’euros l’investissement nécessaire pour répondre aux urgences, dans un contexte où un tiers des structures connaît un déficit chronique.
L’organisation pointe notamment le niveau des rémunérations, inférieur de 25 % au salaire moyen national, et les difficultés de recrutement. Le secteur fait face à 70 000 postes vacants et devra également anticiper 65 000 départs à la retraite dans les trois prochaines années.
Pour Nexem, ces tensions fragilisent directement la capacité des établissements et services à accompagner les personnes les plus vulnérables. Elles menacent aussi l’attractivité des métiers du soin et de l’accompagnement, alors même que les besoins sociaux continuent de croître.
Mais l’organisation refuse de limiter son plaidoyer à une demande de crédits supplémentaires. Elle réclame une loi de programmation pluriannuelle des solidarités à l’horizon 2032, couvrant l’ensemble des champs de l’action sociale et médico-sociale, ainsi que la sanctuarisation des financements inscrits dans cette programmation.
L’objectif est de donner aux acteurs associatifs une visibilité suffisante pour recruter, investir et organiser leurs missions dans la durée, plutôt que de dépendre de décisions budgétaires successives.
La solidarité, un investissement plutôt qu’une dépense
Au cœur du plaidoyer, Nexem défend un changement de regard sur les politiques de solidarité. Selon l’organisation, leur coût immédiat ne peut être évalué sans prendre en compte les conséquences humaines, sociales et financières d’un accompagnement insuffisant.
Le document avance ainsi plusieurs exemples chiffrés. Ne pas accompagner un jeune en situation de déficience intellectuelle représenterait un surcoût de 486 000 euros par personne pour les finances publiques sur vingt ans. Pour un enfant protégé, la perte d’opportunités est évaluée à 124 000 euros par enfant.
Ces estimations visent à démontrer que les dépenses engagées dans la prévention, l’accompagnement et l’inclusion peuvent éviter des coûts bien plus élevés à long terme. Elles traduisent aussi une volonté de sortir d’une approche dans laquelle les politiques sociales sont d’abord considérées comme une variable d’ajustement budgétaire.
« Notre secteur ne demande pas une faveur : il demande que l’on cesse de traiter la solidarité comme une charge alors qu’elle est un investissement d’avenir », souligne Alain Raoul, président de Nexem.
Un choix de société pour les candidats à la présidentielle
Au-delà des moyens financiers, Nexem entend placer les solidarités au cœur des choix de société qui seront débattus à l’approche de 2027. L’organisation demande aux futurs gouvernants de définir une trajectoire claire, de garantir les financements nécessaires et de s’engager dans la durée.
« Lorsque celles et ceux qui prennent soin des autres ne peuvent plus tenir, c’est toute la société qui vacille », avertit Alain Raoul.
Derrière cette interpellation, c’est la place accordée aux personnes les plus fragiles qui est en jeu, mais aussi la capacité du secteur associatif à remplir ses missions dans des conditions soutenables pour les professionnels comme pour les structures employeuses.
Avec ce plaidoyer, Nexem veut faire de la solidarité un sujet central de la campagne présidentielle, au même titre que les grandes priorités économiques et sociales. Reste à savoir si les candidats reprendront ces propositions et, surtout, s’ils accepteront de traduire leurs engagements en financements pluriannuels et en décisions concrètes.
Les 21 propositions sont présentées dans le plaidoyer Pour une République solidaire : investir dans celles et ceux qui prennent soin, publié par Nexem le 14 octobre 2026.



