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Re-Belle : la Ferme des Possibles reprend les confitures anti-gaspi et 12 emplois

C’est une histoire de confitures, mais surtout de coopération. Après dix ans d’activité, l’association Re-Belle, confrontée à des difficultés économiques, ne pouvait plus poursuivre son activité sous sa forme actuelle. La coopérative La Ferme des Possibles (Novaedia), à Stains, vient de reprendre sa confiturerie et accueille douze salariés en parcours d’insertion.

Née en 2017 à Romainville, en Seine-Saint-Denis, l’association Re-Belle avait en effet développé un modèle original : récupérer des fruits écartés des circuits de distribution pour les transformer en confitures, tout en proposant des parcours d’insertion professionnelle à des personnes éloignées de l’emploi, notamment des femmes.

Près de dix ans plus tard, le bilan est conséquent : 114 salariés accompagnés, 318 tonnes de fruits sauvées du gaspillage alimentaire et 597 305 pots de confiture produits et vendus dans différents réseaux de distribution. Mais les difficultés économiques ont fini par fragiliser le modèle. L’association a annoncé la fin de son activité sous sa forme actuelle, avec la volonté de transmettre son savoir-faire à une structure capable de poursuivre l’aventure.

C’est désormais chose faite, puisque la coopérative La Ferme des Possibles (Novaedia), implantée à Stains, reprend officiellement l’activité de confiturerie et accueille douze salariés. L’annonce a été faite conjointement par Mohamed Gnabaly, maire de l’Ile-Saint-Denis et fondateur de Novaedia, et par les deux structures sur leurs réseaux sociaux.

Quatre années de coopération pour préparer la transmission

Cette reprise ne doit rien au hasard. Re-Belle et La Ferme des Possibles travaillaient déjà ensemble depuis quatre ans. L’association fabriquait notamment les confitures commercialisées par la coopérative. Les deux structures partageaient ainsi des objectifs communs : développer une alimentation durable, lutter contre le gaspillage alimentaire et créer des emplois pour des personnes qui en sont éloignées.

La transmission permet de conserver les recettes, le savoir-faire de fabrication et les débouchés commerciaux. Les confitures Re-Belle doivent donc continuer à être produites et commercialisées, notamment auprès des magasins partenaires et dans le secteur hôtelier.

« Préserver cette activité et les emplois qui lui sont liés nous est apparu comme une responsabilité collective », explique Mohamed Gnabaly, qui insiste sur la mobilisation de plusieurs acteurs de l’économie sociale et solidaire pour rendre cette reprise possible.

Parmi eux figurent l’association Appui, VRAC Plaine Commune, Au Bon Transit, la coopérative Mijotée et la Fondation Upcoop. Les collectivités territoriales et les partenaires institutionnels qui ont accompagné Re-Belle depuis ses débuts sont également salués : la Ville de Stains, Plaine Commune, le conseil départemental de Seine-Saint-Denis et la DRIEETS d’Île-de-France.

Une nouvelle étape pour la boucle alimentaire locale

Pour La Ferme des Possibles, cette reprise représente aussi une opportunité de développement. Créée en 2015 sous le nom de Novaedia, la société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) développe à Stains un projet de boucle alimentaire biologique, locale et solidaire. Son ambition : rapprocher production agricole, transformation alimentaire, restauration, logistique et insertion professionnelle.

Sur son site de la rue d’Amiens, la coopérative associe agriculture biologique, agroforesterie, activités de restauration et accompagnement de personnes éloignées de l’emploi ou en situation de handicap. Elle entend ainsi faire de l’alimentation un support de développement économique territorial et de transformation sociale.

L’intégration de la confiturerie Re-Belle vient compléter cette chaîne de valeur, en ajoutant une activité de transformation de fruits récupérés auprès des circuits de distribution. Elle renforce également les synergies entre les acteurs locaux de l’économie circulaire et de l’insertion.

Les perspectives annoncées sont ambitieuses : Mohamed Gnabaly envisage le recrutement de quatre salariés permanents supplémentaires et d’une dizaine de nouveaux salariés en insertion à l’horizon 2027.

La mutualisation, une réponse aux fragilités de l’ESS

Au-delà de la sauvegarde d’une activité et de douze emplois, cette opération illustre une question devenue centrale pour les structures de l’économie sociale et solidaire : comment préserver les projets d’utilité sociale lorsque leur modèle économique ne leur permet plus de tenir seuls ?

Plutôt que de laisser disparaître une activité, la transmission à une structure déjà implantée sur le territoire, disposant d’activités complémentaires et partageant les mêmes valeurs, permet de conserver une partie de ce qui a été construit. Les recettes, les compétences, les partenariats commerciaux et les parcours professionnels peuvent ainsi se poursuivre dans un nouvel environnement.

« Entreprendre autrement, c’est préserver les savoir-faire, construire des coopérations et donner aux projets utiles les moyens de durer », résume Mohamed Gnabaly.

La reprise de Re-Belle ne règle pas pour autant toutes les difficultés économiques qui ont conduit à la fermeture de l’association. La pérennité de la confiturerie dépendra désormais de sa capacité à trouver son équilibre au sein de la coopérative et à développer ses débouchés. 

Mais elle apporte une illustration concrète de ce que la coopération entre structures de l’ESS peut permettre : ne pas repartir de zéro lorsqu’un projet arrive au bout de son modèle, et faire en sorte que les emplois, les compétences et l’utilité sociale ne disparaissent pas avec lui.

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