PARTENAIRES D’IMPACT

Jeux d’Hiver : comment Alpes 2030 vise le changement d’échelle après Paris 2024

Dans un peu plus de trois ans, la France accueillera les Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver Alpes 2030, largement inspirés de l’héritage de Paris 2024. En particulier, le partenariat entre le monde de l’entreprise et celui de l’économie sociale et solidaire sera reconduit, avec des ambitions renforcées, pour que la commande publique olympique profite aux TPE, aux PME, aux structures de l’économie sociale et solidaire (ESS) et au secteur adapté. 

Mais le modèle de Paris 2024 tiendra-t-il la distance sur un événement Alpes 2030 au format inédit, plus déconcentré, aux enjeux climatiques plus lourds, a fortiori en hiver ? Par ailleurs, comment être certain qu’une telle alliance entre l’économie sociale et solidaire et les entreprises classiques aura un impact positif concret sur les Jeux d’Hiver en 2030 ?

A priori oui, sont venus expliquer nos invités dans ce nouveau numéro de « Partenaires d’Impact », l’émission coproduite par Mediatico et Impact Productions, en partenariat ce mois-ci avec le Medef, où nous recevions :

  • Elie Patrigeon, directeur impact, héritage et durabilité du COJOP Alpes 2030
  • Marie Floquet, directrice générale de l’association Les Canaux, partenaire de la Solideo et d’Alpes 2030
  • Fabien Gilot, champion olympique de natation devenu entrepreneur, coprésident du comité sport du Medef (partenaire de cette émission) et membre du comité de la charte sociale Alpes 2030. 

Car après avoir dépassé ses propres objectifs sur Paris 2024, le comité d’organisation des Jeux Olympiques d’hiver des Alpes françaises 2030 a choisi de ne pas reconduire son dispositif à l’identique, mais de relever la barre. 

La part des marchés fléchée vers les TPE, les PME, les structures de l’économie sociale et solidaire et le secteur adapté passe de 25 à 50 %. Un doublement qui repose sur deux partenariats déjà éprouvés : le comité de la charte sociale, porté notamment par le Medef, et l’association Les Canaux, opérateur d’intermédiation entre la commande publique olympique et l’offre ESS.

Le vrai enjeu : transformer un acquis en levier de changement d’échelle

Pour Elie Patrigeon, directeur impact, héritage et durabilité du COJOP Alpes 2030, la décision de reconduire ces deux partenariats plutôt que d’en construire de nouveaux tient d’abord à un calendrier contraint. « On a obtenu les jeux le 23 juillet 2024, c’est-à-dire trois jours avant la cérémonie d’ouverture de Paris 2024 », rappelle-t-il, soulignant que l’organisation dispose d’un temps de préparation resserré et n’a, à l’échelle d’une génération, guère l’occasion de rejouer deux fois cet exercice. Il fallait donc, selon lui, capitaliser sur ce qui avait fonctionné plutôt que d’en réinventer les outils.

Le relèvement de l’objectif à 50 % répond à une lecture du territoire. Contrairement à Paris, les Alpes françaises ne sont pas structurées autour d’une capitale unique mais de deux régions puissantes économiquement, avec des filières et des champions différents. Le format même des Jeux d’hiver 2030, plus déconcentré, avec des clusters de plus petite taille, ouvre selon Elie Patrigeon la possibilité d’un allotissement des marchés plus favorable aux petites structures. La construction est le premier secteur concerné par ces achats, suivie par tout ce qui relève de la production événementielle, audiovisuelle et technologique, un poste que le directeur impact du COJOP qualifie de significatif dans le budget global des Jeux.

Sur le volet RSE, l’objectif de 20 % minimum de notation liée à la responsabilité sociale des entreprises, pouvant monter à 30 % sur les marchés jugés stratégiques ou à risque, s’appuie sur une cartographie préalable des risques en matière de droits humains et d’environnement. Le COJOP se dote en parallèle d’une fonction achat dédiée au suivi de ce critère, pour éviter, selon les mots d’Elie Patrigeon, d’en faire « simplement un élément de cahier des charges ».

Les Canaux, de l’intermédiation à la formation collective

Sur le terrain, c’est Les Canaux qui joue le rôle de sas entre la demande publique olympique et l’offre des structures de l’ESS. Marie Floquet, directrice générale de l’association, décrit un accompagnement à deux niveaux : une information mensuelle ouverte à toute structure inscrite sur la Fabrique des marchés responsables, héritière du programme ESS 2024, et un accompagnement plus poussé, sous forme de sessions d’entraînement collectives, actuellement déployées en Île-de-France et en région Sud, réunissant une vingtaine de structures sur six mois.

Le bilan chiffré de Paris 2024 donne la mesure du dispositif : plus de 1 300 opportunités de marché relayées, près de 80 formations organisées, et 600 entreprises de l’économie sociale et solidaire ayant décroché au moins un marché du COJOP ou de la Solideo. Deux exemples illustrent la mécanique. Un groupement de neuf laveries solidaires, associant des structures d’insertion par l’activité économique, a remporté le deuxième marché en valeur du village des athlètes sur le nettoyage du linge. L’entreprise Le Pavé, qui a équipé les sièges de plusieurs centres aquatiques dont celui de la métropole du Grand Paris, est passée de 5 à 30 salariés en trois ans grâce à cette opportunité de marché.

Marie Floquet précise que Les Canaux n’intervient jamais directement du côté de l’acheteur public : l’association prépare l’offre en amont, la connexion effective se faisant ensuite via la plateforme Marché 2030, mise en place par le COJOP et la Solideo, et lors de conventions d’affaires organisées avec les chambres régionales de l’économie sociale et solidaire. Sur l’écart entre l’objectif initial de 25 % et le résultat final de 37 % obtenu côté Solideo en 2024, elle reste prudente sur les causes précises, mais avance une piste de vigilance pour la suite : les marchés directement attribués par le COJOP ou la Solideo ne représentent qu’un tiers de l’ensemble, le reste passant par la sous-traitance de grands groupes, un flux qui échappe aujourd’hui largement au comptage.

La charte sociale, du chantier au dialogue social

Le comité de la charte sociale, qui passe de 16 à 27 engagements entre 2024 et 2030, couvre un périmètre plus large que le seul volet économique. Fabien Gilot, champion olympique de natation devenu entrepreneur, coprésident du comité sport du Medef et membre du comité de la charte sociale, y voit la poursuite d’un dialogue social qui a fait ses preuves sur les chantiers de Paris 2024, avec quatre fois moins d’accidents que sur un chantier comparable en France. Il rappelle au passage une réalité souvent occultée du tissu patronal français : près de 75 % des entreprises adhérentes au Medef sont des TPE ou PME de moins de 50 salariés.

Le suivi des engagements repose sur des points mensuels associant organisations patronales et syndicales, avec un regard de l’État. Fabien Gilot y voit une forme de laboratoire : « le sujet en fait c’est de faire un petit peu de cette charte sociale une sorte de pilote de ce qui pourrait peut-être fonctionner à plus grande échelle. » Sur le volet sportif, il met en avant le financement de la préparation des athlètes les moins médiatisés et l’accompagnement de leur double projet de reconversion, en s’appuyant sur les réseaux d’entreprises du Medef à l’échelle du territoire.

L’adaptation climatique, condition de la crédibilité du modèle

Interrogé sur la compatibilité des sports d’hiver avec le dérèglement climatique, Elie Patrigeon renvoie la question à l’ensemble du sport de haut niveau, été comme hiver, tout en reconnaissant la fragilité spécifique des territoires de montagne. Il rappelle que le développement touristique a historiquement permis de sortir ces vallées de la pauvreté et de la monoactivité agricole, et qu’aucun modèle de substitution comparable n’existe à ce jour. Le COJOP prévoit néanmoins des annonces d’ici la fin de l’année sur la consommation d’eau, avec l’ambition affichée d’organiser l’édition la plus frugale de l’histoire récente des Jeux d’hiver sur ce critère.

Reste une question que ni le doublement de l’objectif TPE-PME-ESS ni l’extension de la charte sociale ne suffisent à trancher : celle de la réplicabilité de ce modèle en dehors du cadre exceptionnel, budgétaire et médiatique, des Jeux Olympiques. Marie Floquet le formule sans détour : si Paris 2024 l’a fait, l’enjeu est désormais de prouver que d’autres grands donneurs d’ordre publics peuvent le faire aussi, sans disposer des mêmes leviers d’accompagnement.

Voir l’émission intégrale : 


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#PartenairesDImpact, le concept
L’émission qui éclaire les alliances entre les entreprises et les acteurs de l’économie sociale et solidaire, c’est #PartenairesDImpact, le nouveau format de Mediatico et d’Impact Productions qui veut donner la parole aux partenariats qui font avancer l’impact social, territorial et environnemental.

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